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Dossier
Claude Monet
Biographie en résumé
Peintre français (1840-1926)


"[...] il est le maître des couleurs, comme Victor Hugo est le maître des images. Hugo est un œil prodigieux; Monet est un œil miraculeux.

Quand on a regardé avec attention une série de tableaux de Claude Monet, on éprouve comme une peur; il semble qu’on se trouve en présence des créations d’un dieu, et c’est vrai. Cette marine, qui révélera à un marin lui-même un aspect inconnu de la mer, fut l’œuvre d’un instant, enlevée en moins de minutes qu’il n’en faut pour la bien voir à des yeux profanes. C’est la nature fixée dans le moment même de la sensation, comme on la subit à un premier regard large et enveloppant. Le mécanisme semble photographique; mais, en cet éclair, le génie a collaboré avec l’œil et avec la main; l’instantané est une œuvre personnelle d’une absolue originalité; ce n’est ni une esquisse, ni une ébauche, ni une étude, mais un poème très beau et complet. Il est certain d’ailleurs que toutes les toiles de Monet n’ont pas été peintes avec la même rapidité que la série des Meules, des Peupliers, ou des Cathédrales. Il y a des Monets moins fiévreux, presque reposés, et qui donnent de son génie une idée plus intègre. Les Nymphéas de sa dernière exposition semblent avoir été transplantés presque avec patience. Mais, quel que soit le mouvement du bras, le résultat pour ceux qui s’arrêtent devant une peinture qui diffère très peu de la nature elle-même. C’est là le miracle.

Monet n’est pas ce qu’on appelle un coloriste. Il fait la nature grise quand elle est grise. Y a-t-il même de la couleur dans ses tableaux? Pas plus que dans les choses elles-mêmes. Il y a des nuances vives ou douces, de flamme ou de brouillard. [...]

Le procédé de Monet est la division du ton. Les toiles, vues de près, ressemblent à un torchon où on aurait essuyé des pinceaux. La division du ton a servi son talent, cela est certain; mais elle ne l’a pas créé. Sans ce procédé, son génie eût-il été mal à l’aise? Peut-être. Mais alors Monet se serait imaginé un procédé personnel, assez voisin sans doute de celui-là même que sa main a illustré.

À prendre le mot impressionnisme dans son sens le plus étroit, Monet aurait été le seul impressionniste, puisque seul il a été capable de mettre d’accord la théorie et la pratique dans l’art de rendre par la peinture, telles qu’il les reçoit, les impressions colorées qu’un œil peut recevoir. L’impressionnisme, c’est Monet lui-même, isolé dans son génie, glorieux et thaumaturge."

REMY DE GOURMONT, Idées et paysages - XXII. L’œil de Claude Monet

Vie et œuvre
Octave Mirbeau, critique et ami de Monet
«Ce qui distingue ce talent de M. Claude Monet, c'est sa grandiose et savante simplicité; c'est son implacable harmonie. Il a tout exprimé, même les fugitifs effets de lumière; même l'insaisissable, même l'inexprimable, c'est-à-dire le mouvement des choses inertes ou invisibles, comme la vie des météores; et rien n'est livré au hasard de l'inspiration, même heureuse, à la fantaisie du coup de pinceau, même génial. Tout est combiné, tout s'accorde avec les lois atmosphériques, avec la marche régulière et précise des phénomènes terrestres ou célestes. C'est pourquoi il nous donne l'illusion complète de la vie. La vie chante dans la sonorité de ses lointains, elle fleurit, parfumée, avec ses gerbes de fleurs, elle éclate en nappes chaudes de soleil, se voile dans l'effacement mystérieux des brumes, s'attriste sur la nudité sauvage des rochers modelée ainsi que des visages de vieillards. Les grands drames de la nature, il les saisit, les rend, en leur expression la plus suggestive.

Aussi nous respirons vraiment dans sa toile les senteurs de la terre; des souffles de brisés marines nous apportent aux oreilles ces orchestres hurlants du large ou la chanson apaisée des criques; nous voyons les terres se soulever sous l'amoureux travail des sèves bouillonnantes, le soleil décroître ou monter le long des troncs d'arbres, l'ombre envahir progressivement les verdures ou les nappes d'eau qui s'endorment dans la gloire pourprée des soirs ou se réveillent dans la fraîche virginité des matins. Tout s'anime, bruit, se colore ou se décolore, suivant l'heure qu'il nous représente et suivant la lente ascension et le lent décours des astres distributeurs de clartés. Et il nous arrive cette impression que bien des fois j'ai ressentie en regardant les tableaux de M. Claude Monet: c'est que l'art disparaît, s'efface, et que nous ne nous trouvons plus qu'en présence de la nature vivante complètement conquise et domptée par ce miraculeux peintre. Devant ses mers farouches de Belle-Isle ou ses mers souriantes d'Antibes et de Bordighera; souvent j'ai oublié qu'elles étaient faites sur un morceau de toile avec de la pâte, et il me semblait que j'étais couché sur les grèves et que je suivais d'un œil charmé le vivant rêve qui monté de l'eau brillante et se perd, à travers l'infini, par-delà la ligne d'horizon confondue avec le ciel.»

OCTAVE MIRBEAU. Texte paru originalement dans Le Figaro, le 10 mars 1889 et repris dans Des artistes, Flammarion, 1922-1924, Paris, tome I, pages 89 et suiv. Texte intégral

Documentation
Jugements sur Monet et sur son oeuvre

"Ce Monet, ce n'est qu'un oeil, mais quel oeil !"

PAUL CÉZANNE (cité par Gustave Kahn, "Revue de la Quinzaine - Art", Mercure de France, 1er juillet 1927)


Publications

Marie-Annick Sékaly, Claude Monet: "Vous me bombardez d'un monstrueux caillou de lumière...", janvier 2001 (Clio)

Émile Zola, critique de Monet (Les Cahiers naturalistes)

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Peinture française, impressionnisme, nénuphar, Giverny
Les toiles décoratives de Claude Monet (...) provenant de l’atelier de Giverny, rentrent dans cette production de la fin de la vie du grand impressionniste, qui n’a plus guère de liens avec la nature même, qui est une transposition complète, une forme d’orchestration visuelle, et sans analogie avec aucune sorte de décoration précédemment exécutée par aucun peintre. Elle ne tient rien de la forme, de la composition, du jeu des lignes.
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Claude Monet à Londres : impressions d'une exposition
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Impressionnisme, Camille Pissarro, Londres
C'est une des anecdotes célèbres de l'histoire de l'Impressionnisme que ce voyage à Londres effectué vers l'époque des débuts, en pleine jeunesse d'art, par Claude Monet et Camille Pissarro, leur saisissement devant le prestige exact et féerique de Turner, l'emprise sur eux de la ville énorme et de son ciel de suie et de nacre, irisé par tant de variations atmosphériques, engrisé par tant de fumées, dont le dais au-dessus des cheminées d'usines et des toits de cottages est sans cesse modifié,
Histoire des peintres impressionnistes: Monet
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Biographie de Monet, découverte de Manet, débuts, les séries, les Nymphéas, Giverny
«Il est donc arrivé à dégager, des scènes vues, des nuances de toutes sortes, de véritables impressions. Aussi est-ce tout naturellement, qu'un jour il a désigné une de ses toiles, donnant l'image du soleil, dans un brouillard, sur la mer, Impression, soleil levant. Et c'est tout aussi naturellement, qu'à la vue de cette toile, le mot Impression, étendu et transformé, a été trouvé juste pour désigner son art.»
Octave Mirbeau sur Claude Monet
Octave Mirbeau
Impressionnisme
Mirbeau est un critique privilégié de l'oeuvre de Monet. Il a suivi le peintre dans ses excursions sur le motif et fréquente le peintre qui a quitté Paris pour s'établir à Giverny. Il admire cet artiste qui n'a pas «d'état civil artistique», qui n'a jamais d'autre maître que lui-même et la nature et «qui poursuit, loin des coteries, des intrigues, la plus belle et la plus considérable parmi les œuvres de ce temps.»
Propos sur Monet
Joris-Karl Huysmans
Impressionnisme
Commentaires de Huysmans à l'occasion du l'exposition de 1882 qui marque le retour de Monet qui exposait déjà depuis quelques années au Salon officiel, parmi le groupe des Impressionnistes. Extrait de L'Art moderne.
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Dernière mise à jour: 05/25/2006
L'Encyclopédie de L'Agora - 1998 - 2009