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Colloques
Chambardement global: la réplique du monde rural

Actes de la 15e conférence nationale de Solidarité rurale du Québec. Thèmes principaux : Reconversion des territoires, Adaptation aux changements climatiques, Culture et économie, Énergie et développement rural, Gouvernance.
 
De la pré-vision à la pro-vision Jacques Dufresne
Biochar Pro Natura
Pic Pétrolier
De si bons Anglais Marc Chevrier
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Les suicidés au carrefour Henri Heine
Sommeil et mort Michel Ragon
Nuits Edward Young
Lénore Gottfried Auguste Bürger
Remords posthume Charles Baudelaire
 

Rencontres
Lectures
Joseph Stiglitz, Andrew Charlton : "Pour un commerce mondial plus juste"

Prix Nobel d'économie, ex-fonctionnaire de la Banque mondiale et conseiller de l'administration Clinton, Joseph Stiglitz est un partisan avéré d'une mondialisation fondée sur l'ouverture des marchés. Mais l'échec des discussions de Doha montre à quel point les mécanismes du marché sont distortionnés en faveur des nations les plus riches, les États-Unis en particulier, qui contrôlent, en fonction de leur poids économique, les décisions du FMI, de l'OMC ou de la Banque mondiale. Le succès économique des nations asiatiques émergeantes qui ont tenu à distance le FMI et la Banque mondiale, et a contrario, la crise économique en Argentine, largement dépendante du financement international, témoignent suffisamment de leur influence. Pour que la mondialisation réalise la promesse d'un développement équitable pour tous les pays, riches ou pauvres, il faudra "démocratiser" les institutions et les mécanismes qui régissent la libéralisation du commerce international et recentrer sur l'humain un capitalisme vidé de toute éthique : « Le capitalisme néolibéral est devenu une jungle impitoyable où l'on a oublié que l'être humain devait être au coeur du développement économique et que le profit ne devait pas être un but en soi.» >>
Dossier
Média
Enjeux
«Selon Marshall McLuhan, Joyce est l'un des seuls artistes à avoir découvert que les techniques nouvelles, de transport et de communications, bouleversent notre vie sensorielle et induisent en conséquence des changements sociaux considérables (1). Les médias altèrent directement l'image que nous nous faisons de nous-mêmes et du monde.

(...)

À partir de Finnegan's Wake, McLuhan tenta de démontrer que les nouveaux médias étaient en train de supplanter la vieille culture livresque qui suppose un espace rationnel et linéaire de représentation. Ils façonnent l'environnement social, sollicitent chez l'homme de nouveaux modes sensoriels, qui laissent plus de place à l'immédiateté de l'image qu'à la signification codée du symbole. Avec la révolution électronique, croyait McLuhan en 1968, «nous redécouvrons une conscience tribale, intégrale, qui se manifeste par un complet changement de vie sensorielle» (p. 24). Ce que permet la civilisation électrique, c'est de donner à l'homme, par les médias qui le gavent d'images et de sons, une seconde nature qui se pose en l'équivalent de son histoire totale. «Du point de vue électronique, son histoire totale se trouve actuellement de façon potentielle dans une sorte de transparence simultanée qui nous transporte dans le monde de ce que Joyce nomme "le temps du néant philanthropique"» (p. 176). McLuhan alla même jusqu'à comparer les médias à un second système nerveux qui couvre l'ensemble de la planète, ses synapses étant reliées par des satellites. L'électricité qui avait traversé la société française en 1830 couvrait en 1968 la planète entière.

Les nouveaux médias apparus depuis 1968, le vidéo, Internet, etc., n'ont fait qu'accentuer la «transparence simultanée» du monde, du savoir et de la mémoire humaine, désormais livrés dans l'intimité de notre salon, désormais devenus universellement disponibles, palpables, consommables, par le simple truchement d'un écran de télévision ou d'ordinateur qu'on allume. (Quoi de plus magique que de faire venir à l'écran le texte d'un grand classique ou les tableaux d'un musée situé à plus de 6000 kilomètres de chez soi!) Mais la transparence du monde fabriquée par les médias qui ont vocation à tout représenter par images, visuelles et sonores, est elle-même diminuée par l'opacité que ces mêmes médias produisent. Déjà, alors que l'ordinateur se présentait comme une grosse machine à calculer, McLuhan sut prévoir les conséquences de la révolution électrique de l'ordinateur sur la culture: «L'ordinateur abolit le passé humain en en faisant uniquement un présent. Il rend normal et nécessaire un dialogue entre la culture aussi intime qu'une conversation privée et qui, cependant, se passe entièrement de mots. En regrettant le déclin de la lecture et de l'écriture et la disparition du livre, les littérateurs ont ignoré de façon typique l'imminence du déclin du verbe lui-même. Le mot individuel, comme source d'information et de sentiment, cède déjà le pas à la gesticulation macroscopique.» (p. 88)

(...)

La transparence simultanée du monde colportée par la presse et la télévision vous fatigue-t-elle? Alors débranchez-vous! Sortez votre existence du grand circuit électrique. Videz votre appartement ou votre maison de vos appareils à transistors et à puces. Solution draconienne, il est vrai: le jeûne médiatique. Se débrancher, est-ce vraiment pratiquer le jeûne? Cela suppose que les médias fournissent une substantifique nourriture dont on se prive en mangeant maigre. Écrire et lire dans la solitude de son salon, ou faire entrer chez soi le grand carrousel d'images et de sons, qui tournoie sans fin et emporte dans sa ronde les regards hypnotisés et hagards que nous lui consentons sans mots dire, foudroyés. L'enjeu n'est alors pas tant de manger ou de vivre maigre, en refusant l'écran total de la société électrisée, que de vouloir vivre avec ses cinq sens, son intelligence et sa mémoire tout entiers, sans faux-fuyants et sans béquille, et sans l'aide du cerveau planétaire qui scintille tout autour de nous, appelant chacun de nos petits cerveaux de chair à se brancher à lui. Oui, comme s'y résignait jadis Chateaubriand, il faudra se résoudre à vivre avec les médias; jadis, c'était le télégraphe et la presse; aujourd'hui, c'est Internet. S'y résoudre, cependant, ne veut pas dire consentir à l'électrification de son existence. Il faudra apprendre à se débrancher, à inscrire le débranchement dans sa vie comme un rite salutaire, par lequel, de temps en temps, notre cerveau redevient le seul maître à bord.»

Notes
(1) Marshall McLuhan et Quentin Fiore,
Guerre et paix dans le village planétaire, Paris, Robert Laffont, 1970, 189 p.

Marc Chevrier, La foudre médiatique, Liberté, vol. 41, no 2, avril 1999, p. 29-35




Documentation
Normand Baillargeon, Petit cours d'autodéfense intellectuelle, Montréal, Lux 2005.

S’inspirant de la tradition grecque et prenant appui sur des auteurs contemporains tels que Noam Chomsky et le mathématicien américain Martin Gardner, qu’il semble connaître personnellement, Normand Baillargeon est parti à l’attaque de la rhétorique verbale contemporaine, sans oublier toutefois que les chiffres et les médias, avec leurs images, leurs graphiques et leurs musiques constituent aujourd’hui des moyens de manipulation des esprits au moins aussi puissants que la rhétorique verbale. Pour faire face à ces nouveaux dangers, nous n’avons pas d’outils comparables à ceux que nous ont légués les Grecs pour faire face aux abus de langage. En s’inspirant surtout d’auteurs américains contemporains, Baillargeon jette les bases d’un arsenal pour la critique de la rhétorique chiffrée et de la rhétorique médiatique.

Marc Raboy, Les médias québécois: presse, radio, télévision, inforoute, Montréal, Gaëtan Morin, 2000 [2e éd.]

Christian Authier, Intellos et grand capital: qui piège qui?, Immédiatement, no 19, octobre 2001: "Combien de livres et d'enquêtes ont mis en évidence la connivence et les réseaux d'influence liant médias, leaders d'opinion et intellectuels aux grands groupes capitalistiques! Omerta, lynchage médiatique, boycott, renvoi d'ascenseur, articles promotionnels et autres échanges de bons procédés: on connaît les moyens par lesquels les médias dominants servent les intérêts politiques et économiques des puissants. Serge Halimi dans son essai Les Nouveaux chiens de garde ou Pierre Carles dans son film Pas vu, pas pris ont décrit de manière magistrale cette société de connivence où journalistes en vue et éditorialistes reconnus ne cessent de promouvoir avec révérence les hommes et les valeurs de l'ordre libéral."

Craig LaMay, Sustaining Media Pluralism in Democratizing Societies, Aspen Institute, 2001, 59 p.: "The questions confronting many nations transitioning from nondemocratic rule are whether their transitions are permanent or passing and what obstacles lie in the way of democratic consolidation. This report of the Second International Roundtable on Journalism and Free Expression explores the role of a pluralistic press as a means for sustaining civil society and democracy, and the difficulties of achieving a pluralistic press that is sustainable over time. (...) it is a coherent examination on how free and responsible media are supposed to sustain themselves particularly in countries facing a hostile legal or political regime on the one hand and the demands of the consumer marketplace on the other." (format PDF)

Lecteurs, journalistes, éditeurs: tous responsables! Entretien avec Daniel Cornu, directeur du Centre romand de formation des journalistes (Construire): «L'éthique de l'information ne concerne pas que les journalistes, mais tous ceux qui font partie du système, consommateurs compris. C'est la thèse de Daniel Cornu, auteur d'un récent "Que sais-je?" sur le sujet»

À quoi servent les journalistes? Entretien avec Jacques Bouveresse (Construire, année 2001, no 18, 1er mai 2001): Le philosophe, à la suite de l'écrivain Karl Kraus, dénonce les travers des médias modernes.

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Dernière mise à jour: 05/25/2006
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