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Caravage
Biographie en résumé
Peintre italien (1571-1610), initiateur du clair-obscur, il donna son nom à un mouvement, le caravagisme, qui s'étendit à l'ensemble de l'Europe, particulièrement en Espagne et dans les Pays-Bas.

Nicolas Poussin, qui était arrivé à Rome peu après la mort du Caravage, aurait dit : «Il était venu pour détruire la peinture».


Caravage
Gravure de Marcellino Minasi d'après Antonino Minasi. Imprimé datant vraisemblablement du 17e siècle
Source : Library of Congress, Prints and Photographs Division, LC-USZ62-104086

Vie et œuvre
Longtemps connu comme le peintre qui avait entraîné l'art aux «confins de la laideur», en faisant place dans ses tableaux religieux à des personnages choisis dans la rue, hommes de peine, prostituées, fatigués et déchus, il a fallu attendre les travaux de Roberto Longhi à la fin du XIXe pour redécouvrir en lui un des grands réformateurs de la peinture en Europe, égarée à la fin du XVIe dans le maniérisme de la Haute Renaissance ou dans les excès baroques de la Contre-réforme. Mais l'Europe du temps du Caravage n'était pas prête à contempler la vérité brute, toute ordinaire et banale à laquelle il voulait faire place dans la peinture.

Son traitement original des grands sujets religieux repose sur une maîtrise exceptionnelle du réalisme, la représentation de personnages dotés d'une puissante corporéalité, souvent chargée d'un érotisme ambigü. L'atelier de l'artiste devient un antre obscur où ne percent que des rayons crus de lumière; le noir envahit la surface du tableau, du dialogue dramatique entre ombre et lumière monte surgit une théâtralité nouvelle dont s'inspirera notamment Le Poussin et à sa suite les peintres classicistes. De la Tour, Ter Bruggen, Vélasquez, Rubens, Rembrandt, voici autant de peintres qui doivent à la rencontre du caravagisme une part de leur grandeur.

«Il est difficile de regarder la peinture de Caravage en faisant abstraction des aspects rocambolesques de la vie, difficile de ne pas chercher dans sa peinture confirmation de tout ce que les biographes, sitôt après sa mort mystérieuse, ont écrit et sous-entendu: un peintre mauvais garçon, mauvais coucheur, assassin, brutal, mal embouché, trouvant son inspiration dans les rues sombres, sans doute homosexuel.» (Charles Sigel, émission "L'humeur vagabonde" sur Espace 2, Radio Suisse-Romande). Le Caravage est le «mauvais sujet» de l'histoire de la peinture. Sa fin tragique, ses démêlés constants avec la justice, l'érotisme de ses tableaux de jeunesse, le ton provocateur de ses oeuvres religieuses ont alimenté la curiosité et les spéculations des historiens depuis sa mort.

Œuvres de Caravage
Peintures

Documentation
Jugements sur le Caravage

ÉMILE BERNARD
«Persuadés que plus ils copieraient leur modèle, plus ils feraient des merveilles, les ouvriers qui suivirent cette méthode aboutirait au Caravage, et de là le réalisme entra dans l'art pour le détruire.

C'est à Caravage, à la fin du XVIe siècle italien, que commença la désastreuse catastrophe. On crut alors trouver la perfection de la forme en copiant la réalité avec soin. On avait acquis, il est vrai, des moyens singulièrement habiles de mise enœuvre; les peintres étaient devenus d'excellents ouvriers. C'est ainsi que le réalisme, gardant une apparence de bonne peinture, put se faire admettre par une société qui savait apprécier le talent. On ne considéra plus l'idéal, le beau, la création, mais seulement la copie et l'adresse de l'oeuvrant. Beaucoup de tableaux du Caravage repoussent par leur aspect de figuration en cire, leur immobilité empruntée au modèle, leur froideur; toutefois on ne peut pas n'y point admirer des forces techniques surprenantes, un sens de l'exactitude vivante dans l'expression des visages. Ses successeurs et ses imitateurs, transportant dans le domaine religieux ou mythologique ce réalisme, l'ont rendu inadmissible et repoussant. C'est positivement à ce peintre qui tourna résolument le dos à l'antique et à Raphaël, nous disent ses biographes, que l'on doit cette déchéance que les Caraches avaient essayé d'empêcher et qu'ils ne purent point arrêter, car eux aussi copiaient scrupuleusement le modèle, s'égaraient loin des grands créateurs, pour produire des images du réel dans des scènes inventées. J'ai dit par quels moyens le XVIe siècle s'était rendu indépendant de toute imitation directe; à peine cent ans s'étaient-ils écoulés que les peintres retournaient au calque du vrai, sans plus.» (Considérations sur l'art classique, voir ce texte)




Textes en ligne
Vie du Caravage par Giovan Pietro Bellori, 1672, (texte original en italien). La biographie de Bellori, avec celle de Giovanni Baglione, constitue une des principales sources biographiques sur le Caravage.

Expositions
Caravaggio e il genio di Roma, 1592-1623, exposition mise sur pied par la Royal Academy of Arts de Londres. Site de l'exposition au Palazzo Venezia, Rome.

Ouvrages en français
PIERRE FRANCASTEL, Le Réalisme de Caravage, Paris, Gazette des Beaux-Arts, 1938.
RENÉ JULLIAN, Caravage, Lyon-Paris, 1961.
A. OTINNA DELLA CHIESA, Tout l'oeuvre peint du Caravage. Traduction d'André Chastel. Paris, Flammarion 1988.
ANDRÉ CHASTEL, "Le problème du Caravage", in Fables, Formes, Figures, Paris, 1978.
MIA CINOTTI, Caravage. Traduction de Françoise Lantiéri. Paris, Adam Biro éd., 1991
GIOVAN PIETRO BELLORI, Vie du Caravage (1672), Paris, Gallimard-Le Promeneur, 1991
MINA GREGORI, Caravage. Traduction d'Odile Ménégaux, Paris, Gallimard-Electa, 1995
JOSÉ FRÈCHES, Le Caravage, peintre et assassin, Paris, Gallimard-Découvertes
ROSA GIORGI, Caravage, Paris, Éditions de la Martinière, coll. "Art-Poche", 1999.

Articles

Montégut, Émile. "Impressions de voyage et d'art. II. Les églises de Rome, Michel-Ange de Caravage", Revue des deux mondes : recueil de la politique, de l'administration et des moeurs, 2e période, tome 86, 15 mars 1870, p. 392-418 (Bibliothèque nationale de France, Gallica - mode image, format PDF)

Rencontre avec Dominique Fernandez. Propos recueillis par Catherine Le Ferrand (Les entretiens aVoir-aLire, 12 mars 2003). A propos du roman La course à l’abîme, où l'auteur nous offre une autobiographie du Caravage


Ouvrages en italien
LIONELLO VENTURI, Il Caravaggio, Rome, 1925.
ROBERTO LONGHI, Documento sul Caravaggio, Rome, Universalia, 1948.
ROBERTO LONGHI, Il Caravaggio, Milan, 1952.
BERNARD BERENSON, Del Caravaggio, delle sue incongruenze e della sua fama (1950), Milan, Leonardo, 1994.
MAURIZIO CALVESI, La Realta del Caravaggio, Turin, Einaudi, 1990

Ouvrages en anglais

Bal, Mieke. Quoting Caravaggio: Contemporary Art, Preposterous History. Chicago, University of Chicago Press, 1999. Présentation sur le site de l'éditeur. Recensions : Rachel Baum, "The Risks of Quoting", Art Journal, été 2001

Hammill, Graham L. Sexuality and Form: Caravaggio, Marlowe, and Bacon, Chicago and London, University of Chicago Press, 2000. Présentation sur le site de l'éditeur. Recensions : Bruce R. Smith, "Book Review", Criticism, printemps 2001

Potter, Polyxeni. "Born Michelangelo Merisi, Caravaggio was later renamed after his hometown in northern Italy, a practice not unusual in his day - About The Cover - Cover Story", Emerging Infectious Diseases, décembre 2003

Rosenthal, Tom. "Rome sweet Rome - paintings by Caravaggio, Royal Academy, London, England", New Statesman, 5 février 2001 (compte rendu de l'exposition "The Genius of Rome 1592-1623", organisée à la Royal Academy de Londres en 2001)

Sohm, Philip. "Caravaggio's deaths", The Art Bulletin, septembre 2002

Documents associés
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La vie mouvementée du Caravage, son apport et son influence néfaste sur la peinture italienne au XVIe siècle
«Un jour qu'au milieu d'une foule un de ses amis lui montrait une statue antique, en l'invitant à l'étudier, Michel-Ange se retourne brusquement vers la foule, en l'indiquant de la main, comme présentant assez de modèles. Il appela une bohémienne qui se trouvait là, par hasard, et l'ayant conduite chez lui, il la peignit, disant la bonne aventure à un jeune homme, d'après les lignes de sa main qu'elle observait.»
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Dossiers connexes
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Raccourcis intéressants
Caravaggio: The Final Years (exposition à la National Gallery de Londres, 23 février - 22 mai 2005). Voir aussi : Philippe Dagen, "L'Évangile révolutionnaire de Caravage, soleil noir de la peinture", Le Monde, 25 février 2005
Caravage, le Prince de la Nuit (un magnifique dossier de la Fondation Jacques-Édouard Berger)
Notice de l'Encyclopédie Hachette (Yahoo ! France)
Entrées de Wikipedia : versions française, anglaise
Brève biographie sur le site de la National Gallery
Dossier Caravage (émission "L'humeur vagabonde", Radio Suisse-Romande)
Caravage sur Artonline (en italien)
Notice de la Catholic Encyclopedia
Textes de Caravage

Dernière mise à jour: 05/25/2006
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