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Dossier
Jules Barbey d'Aurevilly
Biographie en résumé
Jules Amédée Barbey d'Aurevilly, romancier et critique français (1808-1889)


Jules Barbey d'Aurevilly. Tableau d'Émile Lévy. Salon de 1882. Photo Braun, Clément et Cie
Source imprimée : Gauthier-Ferrières (dir.), Anthologie des écrivains français du XIXe siècle. Prose. Tome II (1850-1900). Paris, Bibliothèque Larousse, (s. d.) - ouvrage imprimé en octobre 1925

Vie et œuvre
«Le public a été deux fois injuste envers lui: d'abord en ne lui accordant pas la considérable place à laquelle il avait certainement droit; ensuite en grossissant sa légende de dandy ridicule, au détriment de son singulier génie.

Quoi qu'on ait raconté sur ses origines, Barbey d'Aurevilly, au temps de Lemerre, avait une héroïque noblesse, une allure, un ton et des mots inoubliables. Pauvre et fier comme Artaban, illusionné de la Manche française comme l'autre de la Manche espagnole, mais d'un à-pic extraordinaire dans quelques-uns de ses jugements, ferme en ses opinions et croyances, à une époque où tout vacillait dans l'épaisse sottise démocratique, éloquent et spirituel à la façon d'un Rivarol, aéré comme Chateaubriand, bien plus logique que lui, visionnaire des paysages de son Cotentin comme un vieil aigle, le maître du Chevalier Destouches et de Une vieille maîtresse inspirait au gamin que j'étais une profonde admiration. Il avait la tête dans les cieux. Il ne ressemblait pas aux autres hommes de lettres. Ses aphorismes, ses condamnations, ses éloges tombaient de haut.

Un jour d'hiver, par un froid sec, mon père l'emmena, de chez Lemerre, jusqu'à un restaurant des Champs-Élysées, encore ouvert et bien chauffé, dont je ne me rappelle plus le nom. Tous deux parlaient vivement de Flaubert, que défendait avec passion Alphonse Daudet, qu'attaquait avec passion Barbey D'Aurevilly. Je marchais à côté d'eux très attentif et intéressé, car Flaubert, chez nous, était roi.

Une fois installés: “Que prenez-vous?...
— Du champagne”, répondit d'Aurevilly comme il aurait dit: “De l'hydromel.”

Vieux guerrier édenté, au verbe sifflant et irrésistible, il avala coup sur coup quatre, cinq verres de cet argent liquide et mousseux. Puis il se mit à parler, si fort et si bien, que la caissière émue ne le quittait pas du regard. Mon père lui donnait la réplique. Le soir venait. On alluma le gaz et, au bout d'une heure environ, étant derechef altéré, ce démon de Barbey redemanda: “Une seconde bouteille de champagne, madame, je vous prie.” J'étais émerveillé. Il portait ce jour-là, pour cette prouesse improvisée, un grand manteau noir flottant, doublé de blanc, et le fond de son chapeau haut de forme était de satin écarlate. Mais qui donc aurait eu envie de rire en entendant de pareils accents!

Sa voix ajoutait au prestige. Il l'enflait, puis la baissait harmonieusement. Il eût fait un orateur consommé. Perpétuellement tourné vers ce qui est grand, généreux et original, il possédait un répertoire d'exploits galants et militaires, où le farouche le disputait au précieux dans un excellent dosage très français. Imaginez une interpolation des Vies des dames galantes de Brantôme avec les Vies des grands capitaines. Son horreur de la vulgarité s'affirmait, quand il disait à mon père: “Votre Zôla”, comme s'il y avait eu sur l'o plusieurs accents circonflexes et dépréciateurs.

Je l'ai montré grand et beau buveur. Un soir à Champrosay, le domestique, se trompant, versa à la ronde, au lieu de vin blanc, une antique eau-de-vie de prunes, dépouillée certes, mais encore vigoureuse. D’Aurevilly se faisait toujours servir au ras bord. Avant qu'on n'eût eu temps de l'avertir de la méprise, il avait déjà tout englouti d'une lampée, sans nul émoi, comme si cette rasade eût été naturelle.

Il avait en horreur certains contemporains, pour la mollesse de leur style ou la vulgarité de leurs idées. D'où son mot célèbre, au sujet du plus prolixe d'entre eux: “Ses parents, mossieur, vendaient de la porcelaine. Lui, c'est un plat.” Mais il était tout indulgence et bonté envers les petits confrères laborieux et miteux, qui font péniblement leur chemin dans le journalisme. Il citait volontiers Byron et les lakistes, Shakespeare, les Pères de l'Église et les grands classiques. Somme toute, une admirable personnalité, un diamant que rien ne pouvait rayer, sinon un autre diamant de même taille et de même clivage. On l'eût vainement cherché parmi ceux de sa génération.»

LÉON DAUDET, Souvenirs et polémiques, Paris, Robert Laffont, collection «Bouquins», 1992, p. 50-51.

Œuvres de Barbey d'Aurevilly
Le cachet d'onyx (1830)
Léa (1832)
Fragment (1833)
Le Chevalier Des Touches (1864)
Un prêtre marié (1865)
Les Diaboliques (1874)
Memorandum (1864)
Critique de L'Éducation sentimentale
Une page d'histoire (1883)

Documentation
BERTHIER, Philippe. « Barbey d'Aurevilly et les malentendus du réalisme », Les Lettres romanes, n°37(4) (1983), pp. 287-305.

BERTHIER, Philippe. « Le manuscrit des Diaboliques », La Revue des lettres modernes, n° 726-730 (1985), pp. 171-179.

BERTHIER, Philippe. « Barbey d'Aurevilly lecteur de la Révolution », Revue d'Histoire Litteraire de la France, Vineuil, France (RHL), 1990 July Oct, n°90 (4-5), pp. 779-795.

BLOY, Léon. Fragments inédits sur Barbey d'Aurevilly. La Rochelle, Éd. des Cahiers Léon Bloy, 1927, 36 p.

FUMET, Stanislas. « Un Catholique Grimé: Barbey d'Aurevilly », La Table Ronde, 1965, n°215, pp. 31-45.

GUYON, André. « Barbey d'Aurevilly et le genre policier: Les Leçons d'un précurseur oublié », Travaux de Litterature, 1991 , n°4, pp. 217-230.

HIRSCHI, Andrée. «1874: Le "procès" des Diaboliques », La Revue des lettres modernes, n°403 408, pp. 6-64.

HOFER, Hermann. « Bernanos aurevillien, Barbey bernanosien », La Revue des lettres modernes, n° 260-263 (1971), pp. 61-117.

HOFER, Hermann. « Barbey d'Aurevilly et Hector Berlioz », La Revue des lettres modernes, n° 285-289 (1972), pp. 73-100.

JAMIESON, T. John. « Conservatism's Metaphysical Vision: Barbey d'Aurevilly on Joseph de Maistre », Modern Age: A Quarterly Review, 1985 Winter , n° 29:1, pp. 28-38.

JOLLIN, Sophie. « La Phrase diabolique de Barbey d'Aurevilly », Francais Moderne: Revue de Linguistique Francaise, 1998., n°66:1, pp. 57-72.

KYLOUSEK, Petr. "La réception du dandysme en France et la tradition courtoise – le cas de Barbey d'Aurevilly", Études romanes de Brno (volume XXIX, Masarykova univerzita, Brno, 1999) - format PDF

PETIT, Jacques, « Barbey d'Aurevilly et les catholiques du XIXe siecle », La Table Ronde, 1964, n°200, pp. 7-18.

PETIT, Jacques. « Baudelaire et Barbey d'Aurevilly », Revue d'histoire littéraire de la France, n° 67 (1967), pp. 286-295.

PETIT, Jacques. « Barbey et ses épigones », La Revue des lettres modernes, n° 260-263 (1971), pp. 260-263.

PETIT, Jacques. « Le stupide XIXe siècle », La Revue des lettres modernes, n° 260-263 (1971), pp. 132-134.

POLET, Jean-Claude, dir. Les Lettres Romanes, Tome XLIII, n° 4, novembre 1989, numéro consacré au centenaire de la mort de Barbey d’Aurevilly, pp. 247-281.


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Littératures
Barbey d'Aurevilly critique littéraire
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Critique, romantisme, catholicisme, diable
Mais, bon Dieu! quelle continuelle pose et quelle originalité factice ! Il ne s'est point contenté d'être un mousquetaire dans son style, il a voulu en être un sur le pavé. A vingt ans, il a été la proie du dandisme (sic), il s'est agenouillé devant Brummel. Cruelle aventure, car aujourd'hui il porte encore le pantalon collant, la redingote à plis, les grandes manchettes et le grand col de sa jeunesse. Les dames le suivent d'un oeil stupéfait.
Barbey d’Aurevilly critique
Remy de Gourmont
Critique littéraire, pamphlétaire, sottise
À propos de: Les Œuvres et les Hommes (IIe série : XIXe siècle); La Littérature épistolaire, par Barbey d’Aurevilly (Lemerre, éditeur).
Impression littéraire
Robert Vernon
Une seule chose attirait mon attention: cette question restée sans réponse. Je ne cherchai pas longtemps, et de suite un nom me vint aux lèvres. Ce n'était peut-être pas le nom de l'auteur qui m'avait causé le plus de joie et d'émotion, mais celui de l'écrivain qui avait eu le plus d'influence sur moi, et dont les idées m'avaient pénétré le plus profondément.
Jules Barbey d'Aurevilly
Paul Verlaine
Critique, critique littéraire, pamphlétaire, Léon Bloy, catholicisme
« Barbey d'Aurevilly, formidable imbécile ! » chanterait quelque part, à ce qu'on me raconte, un vers inédit de Victor Hugo, qui est bien joli mais que Barbey d'Aurevilly lui-même appréciait ainsi :Formidable, oui ! mais imbécile, je vous le demande. Imbécile, ô non, mille fois ! Formidable, à mon tour, je me le demande. Voyons donc.
Un critique en avance sur son temps
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Romantisme, réactionnaire, critique littéraire
Mais, hélas ! il y a des époques où être sage, c’est être fou. Et Barbey d’Aurevilly fut ce fou-là.
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Dernière mise à jour: 09/22/2006
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