«Le seul ennemi que je trouvai à Anvers, ce fut la pluie, d’une violence et d’une qualité que seul pourrait peindre un Verhaeren. Dans les mauvais jours, l’air lui-même semble se métamorphoser en eau. Le ciel et l’Escaut ne font qu’un. On a la sensation d’être seul dans la foule ruisselante. Malgré cela, ou peut-être grâce à cet excès, je ressentais je ne sais quel charme étrange à vivre parmi ce peuple dont rien ne décourageait l’activité. D’ailleurs, même à Anvers, la pluie n’est qu’un accident, quoique fréquent, et je me souviens aussi de ces avenues ensoleillées, des magnifiques promenades qui conduisent à son musée, à ses Quentin Metzis. […] Ah! jours que je ne reverrai pas, jours d’allègres voyages, maintenant séparés de ceux qui me restent à vivre par une brume de sang (*), soirs de pluie, de vent et de falots, matinées dans le brouillard jaune de l’Escaut, vous aviez un goût de printemps…» (Remy de Gourmont, «Anvers – 13 octobre 1914», Pendant l'orage. Quatrième édition. Paris, Librairie ancienne Édouard Champion, 1915, p. 9-10).
(*) Allusion à la Première Guerre mondiale qui venait de commencer. |